Denis Roche, photographe ou écrivain ? Ou les deux ? Il est certain qu’il est souvent rassurant pour certains de catégoriser, afin d’avoir une grille de lecture du monde claire et sans ambigüité ; il est aussi vrai que certains voient d’un œil soupçonneux l’artiste « touche à tout », qui est très vite taxé de superficialité dans son approche artistique.
Denis Roche, écrivain photographe bien évidemment, échappe à cette vision simpliste dans la mesure où photographie et écriture s’imposent comme deux pratiques qui se développent dans une dialectique créatrice chez celui qui prend conscience, de manière presque inattendue, de ce qu’il exprime à travers la photographie : « je suis passé à la publication de mes photos à cause d’une obligation de livre qui exigeait que je comble un texte expérimental strictement littéraire ».
Ecrivain faisant partie de ce que l’on appelle communément l’avant-garde poétique des années 1960-1970, Denis Roche travaille aux éditions Tchou et, de 1962 à 1972, fait partie du comité directeur de la revue Tel Quel qui incarne cette avant-garde littéraire. En 1978, Denis Roche a l’idée d’associer au texte de l’Antéfix une série d’autoportraits pris au retardateur. Ainsi la photographie est déjà là … mais il faut ce déclencheur de la mise en perspective poétique pour lui donner le statut de pratique autonome. Et les mots sont importants ! « Combler »… La photographie apparaît d’un coup comme un mode d’expression artistique qui vient remplir un vide, pallier un manque, et le regard photographique prend consistance en tant que construction intellectuelle : la pratique spontanée ne perd pas en spontanéité mais cette spontanéité acquiert une cohérence que Denis Roche n’aura de cesse de traquer dans ses réflexions autour de l’acte photographique.
Si littérature et photographie se mettent à se compléter, se conjuguer, se convoquer pour s’interpeler dans l’œuvre de Denis Roche, c’est qu’il est, dans leur essence même, un point commun fondateur de la puissance évocatoire : celui de la métaphore qui justifie ce dialogue - conflit… L’écriture, qu’elle soit visuelle ou textuelle, repose sur un principe quasi sacré pour Denis Roche, celui de la suggestivité de l’analogie et du télescopage, par lesquels abstrait et concret se nourrissent avec complexité.
Mais l’entreprise du dire poétique est sans nul doute une quête vaine comme le suggère Denis Roche en citant Blanchot dans son Eros énergumène : « Il ne voyait rien et, loin d’en être accablé, il faisait de cette absence de vision le point culminant de son regard ». Le regard du photographe Denis Roche dans la conversation qu’il tente d’établir avec le temps est ainsi l’expression d’un impératif du moment, d’une impulsion de l’instant, une obsession de l’être-là , ici et maintenant. Mais une obsession qui affronte de manière interminable l’indicible.
Dans le cadre des Photofolies 2010,
la Maison du Livre de Rodez propose une rencontre-dédicace avec Denis Roche
le Samedi 2 octobre (jour de l’ouverture des Photofolies)
Ă 15h30 Ă la Galerie Foch.

Les œuvres permettant un parcours à travers l’œuvre littéraire et la réflexion photographique de Denis Roche qui seront proposées à la signature sont les suivantes :
- La Photographie est interminable
- La Poésie est inadmissible
- Louve basse
- Eros énergumene
- A Varese
Site et agenda de la Maison du Livre de Rodez